Ce matin, le paysage avait une allure de décor de roman.
Sous un ciel gris clair qui semblait avoir volé la blancheur d'une écume évaporée, quelques feuilles tombaient sur une pelouse délaissée, un désert vert parsemé de fines ombres. Sur une marche, dans l'herbe encore fraîche de rosée, se tenait assise une demoiselle, toute de noir vêtue, ses longs cheveux noirs, légèrement ondulés, retombant sur ses épaules un peu voûtées. Elle semblait regarder, non loin de l'angle de la marche, qui montait, un chat, du même noir qu'elle, et qui s'en allait lentement en lui tournant le dos, tel un vagabond désabusé. La lumière pâle du jour naissant s'ouvrait sur eux comme un faible projecteur d'ambiance, et je passais comme si je n'étais qu'une figurante au loin, qui en se rapprochant ébranlerait la scène. Je faisais alors parti du décor, et continuais mon chemin de même que je me serais promenée dans les recoins d'une page de livre, regardant la fine pluie de feuilles, lasses de tout un été.
Et puis je suis revenue dans le monde réel, brusquement, comme si tout à coup j'avais refermé un livre qui m'aurait envoûtée.